Bruit : un article de Joël Letouzey

Le développement de notre loisir sportif, donc son avenir, dépend pour une grande part de sa faculté à se faire oublier des oreilles pour ne satisfaire que les regards parfois tournés vers le ciel. Dans la quête à la réduction des nuisances sonores, chacun doit produire l'effort de mettre en œuvre des solutions techniques que d'autres ont la faculté de trouver ou de contribuer à trouver. Ainsi notre ami Joël Letouzey apporte-t-il une contribution dont le contenu un peu pointu ne doit cependant pas rebuter, puisqu'assorti de solutions. R.C.

(Article publié dans le n°12 d'INFORM'AILES - 2è trim. 1998)
 

Je suis, comme vous, grand amateur de vol moteur coupé. Néanmoins, il faut bien se résoudre à le laisser tourner de temps à autre... et dans ce cas, autant qu'il se fasse discret ! Mon Mosquito, sans être très bruyant, manquait de discrétion, en particulier dans les aigus et si tout le monde parle avec raison de la nécessité de se faire discret il est bien rare de trouver un article très concret sur le sujet. Comme cela fait un peu partie de mon travail et beaucoup de mes centres d'intérêt, j'ai décidé de faire moi-même quelques modifications dont voici le détail.

D'abord vous comprendrez qu'il n'était pas dans mes moyens de tout reconstruire; il fallait rester simple et, bien sur, il y a encore des progrès possible pour occuper l'hiver prochain... Pour commencer, quelques mots sur le bruit : un bruit est composé de sons. Dans le silence, quand vous êtes debout (ou même assis) vous "subissez" la pression atmosphérique qui est une pression statique c'est-à-dire constante à l'échelle de temps de la minute (par exemple). Si cette pression est perturbée par exemple par le piston d'un compresseur qui refoule à l'air libre, les physiciens pourront l'écrire sous la forme mathématique :

P = P atmosphérique sin w f

  • le sinus est une formule mathématique,
  • w est la pulsation et est égale par définition à 2|¯|f ;
  • f est la fréquence, c'est-à-dire le nombre de variation par seconde (cette valeur est très importante car votre oreille n'est pas sensible à toutes les fréquences et, de plus, certaines sont considérées comme désagréables).

Si vous mesurez cette variation de pression, par exemple avec le micro d'un sonomètre, vous divisez cette valeur par une valeur de référence P0 = 0,000000002 b (définie par la norme internationale), vous en prenez le logarithme (opération effectuée par une machine à calculer ) et enfin vous multipliez cette valeur par 20, vous obtenez le niveau sonore exprimé en :

  • décibel (dB) : L=20 Log P/P0

    Comme cette valeur est "logarithmique", une variation de 3 dB équivaut à une variation du simple au double du niveau sonore (car Log 3 = 2) ; c'est-à-dire que si vous passez de 93 dB à 90 dB... vous avez divisé le niveau par 2. Il va donc falloir essayer autant que possible d'atténuer ces variations de pression générées :

    • par l'admission du moteur,
    • par l'échappement du moteur

    L'autre centre très important de création de bruit est l'hélice ; mais ces modifications, pour un amateur, sont beaucoup plus délicates si l'on ne veut pas détruire son rendement ! Si vous soulevez le capot de votre voiture ou si vous regardez sous la selle de votre moto (à l'exception des Harley Davidson, qui, justement, sont beaucoup plus bruyantes), vous constaterez que le filtre à air est toujours placé dans une grande boîte qui ne sert pas à le cacher ou à le protéger mais de boîte de "tranquilisation". En effet, le moteur aspire de l'air à chaque cycle d'admission. Cette admission n'est pas continue mais par phase; le début et la fin de chaque phase sont très "peu progressifs" et créent des variations de pression qui sont des ondes sonores. La fréquence de ces ondes va dépendre de la vitesse de rotation du moteur; il faut donc concevoir un système d'amortissement dit à large bande passante, c'est à dire qui soit efficace à tous les régimes. A ce jour, le seul qui fonctionne correctement est un gros volume dont l'intérieur est tapissé de matière amortissante. Attention !!! cette matière ne doit pas se dégrader en petits morceaux pour aller bloquer le moteur ! Dans la pratique, ma boîte de tranquilisation a un volume d'environ 5 litres et est constituée de deux parties qui épousent les formes arrières du Mosquito pour ne pas créer de protubérances disgracieuses. Entre ces deux parties réunies par vis, j'ai placé l'élément filtrant. La liaison entre cette boîte et le carburateur est un durite de gros diamètre, ø 50mm, pour ne pas étouffer le moteur à haut régime). L'admission dans l'autre partie est un coude PVC ø 50mm. Cette boîte a été réalisée :

    • en aluminium 20/10 et en contre-plaqué 10 mm pour l'armature,
    • en feuille d'époxy-verre 8/10 pour les parois (mais de l'aluminium 4/10 aurait pu convenir),
    • le garnissage intérieur est réalisé en mousse de récupération de platines électroniques dont un côté est ondulé un peu comme des boites à œufs.

    Pour ceux qui n'aiment pas construire ce genre de composant, il existe des boîtes d'admission pour moteur de kart que certains constructeurs de paramoteurs utilisent d'ailleurs. Leurs efficacité est bonne mais leur volume est un peu faible et surtout leur forme s'adaptait mal au Mosquito (du point de vue efficacité, la forme a peu d'importance, ce qui compte c'est le volume et l'amortissement des parois internes). Concernant le silencieux d'échappement, là encore pas de recette miracle. Sur nos moteurs deux temps, l'accord de l'échappement est très important, donc :

    • ou bien on reprend tout à zéro (bon courage!),
    • ou bien on ne touche pas à la partie résonateur mais on travaille le silencieux additionnel.

    S'il est bien conçu, il ne modifie pas les performances. Là encore, le principe est d'amortir les variations de pression. Un silencieux est en général constitué d'un tube du diamètre de la sortie (ou légèrement plus gros), percé de trous de diamètre de l'ordre de 2 à 3 mm. Ce tube est placé dans un tube ø 50 ou 60. Entre ces 2 tubes, l'interstice est rempli de fibres amortissantes par exemple en "laine" céramique vendu dans les magasins de bricolage. Ce type de silencieux est vendu chez les accessoiristes moto mais là encore ne s'adaptait pas à la sortie du Mosquito. J'ai donc fabriqué le mien avec un morceau de montant de trapèze ø 25 x ø 21 x 250 mm (...vous n'en avez pas un morceau chez vous?) percé de 450 trous ø 3.5 et 450 de ø 2.5, ça ne prend pas plus de 2 à 3 heures... Le tube extérieur est un tube ø 50 (une chute de bord d'attaque... décidément !), la pièce d'adaptation et la bague d'extrémité ont été tournées. J'ai essayé un modèle identique mais réalisé avec un tube ø 75 mais son efficacité n'était pas meilleure. Et le résultat me direz-vous? D'abord, méfiez-vous des affirmations des constructeurs ! La plupart du temps, on vous donne des valeurs mesurées avec l'appareil en palier à 150m (et vous n'avez pas l'œil sur le compte-tours ni sur le variomètre !). Voici mes valeurs mesurées au sol, le sonomètre placé à 10 m sur le côté de la sortie échappement, pour différents régimes. La mesure sans mes silencieux additionnels n'avait été effectuée qu'au régime max. :

    • sans silencieux à 9000 t/mn : 94 dB
    • avec silencieux :
régime(t/mn)
3500
5000
7000
8000
8500
9000
niveau sonore(db)
66
74
82
85
89
90
Il faut ajouter que la dernière mesure a également été effectuée à 30 m et a donné 75 dB. Je n'ai pas de mesure à 150 m car elles ne sont pas très significatives. Toutefois, on entend peu mon Mosquito au-dessus de 150 m et en tout cas nettement moins qu'un Rotax 503 ! L'installation de ces silencieux a également diminué les niveaux aigus mais malheureusement je n'ai pas d'analyseur de spectre pour vous présenter une courbe.

CONCLUSIONS :

  • il était évident que le bruit serait plus faible à bas régime (oui... alors pourquoi 99% des pilotes s'obstinent à monter plein gaz, même quand la piste fait 1km !
  • on peut monter à mi-régime deux fois plus vite en enroulant le thermique !
  • limiter le régime à 8000 au lieu de 9000 permet de réduire le niveau de 90 à 85 (c'est-à-dire 3 fois moins) sans trop pénaliser le décollage. Pour ma part, je réduis dès 15/20m.
  • s'il est bien évident qu'il faut travailler le bruit, il est clair que rien ne vaut le vol moteur coupé.

Perspectives, ou la romance du toujours insatisfait :

Comme déjà dit : limiter le régime moteur (par exemple les fiches constructeurs des motos 125 cm3 donnent des puissances de l'ordre de 12/13 cv à 7500 T/mn, il doit être possible en re-concevant le pot d'obtenir ces valeurs mais :

  • attention au poids du pot,
  • attention à l'encombrement,
  • pour réduire la vitesse de rotation de l'hélice pour la même puissance, il faut une autre hélice .

Un deux temps à refroidissement liquide marche mieux et fait moins de bruit mais :

  • attention au poids,
  • attention à l'encombrement du radiateur,
  • attention à sa position (efficacité du refroidissement et traînée).

Un Mosquito à la façon du harnais rigide de l'américain Jim Lee permettrait peut-être de réduire le bruit mais :

- attention au poids,

- attention à l'encombrement et à la facilité d'utilisation,

- au refroidissement moteur.

Enfin, encore une fois la meilleure façon de diminuer le bruit est de limiter l'utilisation du moteur.

Silencieusement vôtre.

Joël LETOUZEY
infrason@wanadoo.fr

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