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LE MOSQUITO
(Joël Letouzey)J'ai appris à voler en 1979.
Depuis quelques années, j'ai pu me rendre compte que les deltas n'étaient pas réellement bien venus sur beaucoup de sites, comme celui de St-Vincent-des-Forts, par exemple, ou encore le Puy-de-Dôme. Je n'étais pas disposé à acheter une carabine; je pensais donc qu'un harnais motorisé pouvait être une excellente solution pour voler seul loin des sites surpeuplés. Il semblait que le matériel suédois Mosquito était le mieux conçu du marché.
Qu'est-ce qu'un Mosquito ?
C'est la plus simple des motorisations auxiliaires pour delta, autrement dit un dispositif d'envol incorporé conçu pour :
- décoller,
- rejoindre l'ascendance,
- ne pas modifier les caractéristique et comportement de l'aile,
- pouvoir redémarrer en vol,
et, accessoirement, être d'une prise en main évidente.
Comment réaliser un tel compromis?
- prenez un petit moteur (12cv, 8 kg), mettez-le au niveau de vos pieds, dans le harnais,
- utilisez un réducteur à courroie crantée,
- utilisez une hélice en fibre de carbone fixée sur un petit arbre.
Il ne manque plus que :
- un petit réservoir (4 litres) fixé sur le montant de trapèze,
- 2 cannes qui frottent sur le gazon pendant la course de décollage pour protéger l'hélice et porter l'ensemble. Cela semble archaïque mais c'est très efficace et très stable au décollage. Ces 2 cannes se replient automatiquement lorsque vous fermez le harnais.
Bien sûr, sur le côté du harnais vous avez accès :
- au décompresseur,
- au starter,
- à la corde du lanceur manuel (ce moteur démarre très bien),
- à l'accélérateur.
Tout cela est fourni et intégré dans un harnais. Donc, vous ne pouvez pas réutiliser votre vieux harnais.
Montage sous une Sensor 610 SE (13,5 m²)Comment installer le Mosquito sur votre aile la première fois ?
C'est très rapide ; vous aurez deux petites modifications faire :
- installer un loop à chaque liaison bord d'attaque / transversale pour attacher des cordes latérales qui garantissent la voile contre un éventuel découpage par l'hélice (en cas de très, très violentes turbulences)
- couper la quille à 1,20 m du point d'accrochage pour permettre le passage de l'hélice (c'est déjà fait sur beaucoup d'ailes, il suffit de déposer le manchon arrière).
Quelle aile peut-on utiliser ?
J'ai testé :
- une Twist 17 (Ellipse).
- une Funfex (Finsterwalder),
- une Topfex (Finsterwalder),
- une Sensor 610 E (Seedwings).
Je conseille une aile relativement amortie mais tout de même performante car la maniabilité reste absolument inchangée.
Comment installer le Mosquito avant le vol ?
- montez aile comme à l'habituel,
- fixez le réservoir sur le côté du trapèze (30 secondes),
- fixez les 2 anneaux rapides chaque loop (30 secondes),
- fixez l'hélice (30 secondes).
Eh oui, c'est prêt !
Prêt à décoller?
Johan Åhling (prononcer Oling) - le fabricant vraiment très sympa - m'avait prévenu : prise en main évidente ! Laisse ton aile voler. Eh oui… rien à ajouter !
Décollage de l'aérodrome de Granville. J'adore cette phase !Séquence de décollage :
- démarrez le moteur, laissez chauffer 2 mn.
- levez l'aile comme d'habitude (vous ne portez pas du tout le moteur, les cannes le font très bien pour vous),
- quand vous êtes prêt, accélérez avec la pince entre les dents (archaïque mais efficace),
- courrez progressivement, en trois pas l'aile se porte. Sans vent en 10 m vous êtes en l'air ; avec 10/15 km/h, de vent, en 3 m vous êtes en l'air.
Aucun doute, c'est 10 fois plus facile qu'un parapente à moteur :
- l'aile se porte et ne risque pas de se fermer pendant la course,
- l'ensemble est très stable et le maintien de la trajectoire est évident.
Vous pouvez vous détendre, votre aile vole comme en libre mais, rappelez vous :
- le moteur n'est pas un Rotax 582, donc ne poussez pas comme un fou, laissez voler,
- votre barre de contrôle est en arrière de sa position normale car votre corps est avancé (environ200mm) pour équilibrer le poids du moteur. C'est un détail très important qui surprend pendant les premiers vols même si on le comprend bien.
Pour Le premier vol
Si vous décollez comme vous devriez un matin sans ascendance, vous atteindrez 700 m en 10 mn et 1500 m en 20/25 mn. Vous pouvez arrêter le moteur, fermer le harnais et mettre le frein d'hélice.
Vous réalisez comme déjà évoqué que votre aile vole comme en libre même mise en virage, même inversion de virage. même vitesse, même taux de chute (différence difficilement mesurable).
Ceux qui pensent qu'une hélice doit obligatoirement être repliable (comme je le pensais) devront avouer que l'intérêt est moins évident en vol que lors d'une discussion bâton rompu au bar du club.
Maintenant vous êtes à 300 m. Ouvrez votre harnais et suivez votre prise de terrain habituelle. Restez allongé jusqu'à 40 m sol. Inutile de se relever à 150 m. Rassurez-vous. Si, comme je l'étais, vous êtes
inquiet pour l'atterrissage, un delta se pose mieux avec un Mosquito qu'en libre. En final, lorsque les patins frottent sur le sol, poussez, c'est tout.
Maintenant vous pouvez expérimenter l'arrêt et le redémarrage en vol.
Pour redémarrer :
- relâchez le frein d'hélice (et vérifiez que l'hélice tourne),
- tirez le décompresseur,
- tirez le starter (si le moteur est froid),
- accélérez légèrement,
- avec les deux mains si vous n'êtes pas très fort, tirez le lanceur.
Si le moteur est froid, donnez un seul coup avec le starter puis ôtez-le. Le moteur démarre très bien. Pensez a enlever le décompresseur.
Une journée sans thermique, en modulant votre régime pour seulement rester en l'air vous volerez 2 heures avec le réservoir de 4 litres.
Qui n'a pas rêvé d'aller chercher de si beaux cumulus !Maintenant, vous pouvez vous attaquer aux vols thermiques. Le Mosquito est d'abord conçu pour cela.
Décollage . 0K. A 30 m/sol, le variomètre passe de I à 2-2,5 m/s. Oui. pas d'hésitation, balancez en 360. Attention ! gardez de la vitesse, votre bout d'aile n'est pas loin du sol. Recentrez. OK vous l'avez. 10 secondes, 20 secondes, 60 secondes, eh oui ! ça fait déjà 150 m, ne les perdez pas, dans 4 à 5 minutes vous êtes au plafond.
Pour me part, je n'arrête pas le moteur dans la première montée car si je perds le thermique, je peux beaucoup plus facilement le récupérer. Par contre, je monte régime réduit (environ 1/3) ce qui me fait gagner un peu de taux de chute.
Je vole dans le sud de la Manche, là où les thermiques ne sont pas monstrueux, là où les plafonds sont assez médiocres et, enfin et surtout, là où les "vaches" sont très très petites (bocage normand… voilà pourquoi je rêve d'AF...).
Voler dans ces conditions en remorqué est beaucoup plus difficile et bien sûr nécessite une équipe que je n'ai jamais réussi à constituer (malgré la possession d'un remorqueur).
Comme l'écrit Tomas Suchanek dans " Cross Country " : " vous pouvez beaucoup apprendre en volant avec un moteur car vous avez le droit à plusieurs erreurs de choix dans la journée ".
Atterrissage sur l'aérodrome d'Avranches : en arrivant très haut, moteur coupé, on est toujours bien accueilli... et avec curiosité !Pas de doute. J'étais anti-moteur avant cet achat et quelque peu sceptique. Je suis un fan maintenant que je vole régulièrement avec cet engin et je regrette beaucoup de ne pas l'avoir acheté il y a 10 ans, y compris quand j'habitais à côté de Saint-Hilaire-du-Touvet. J'aurais pu aller voler sur Belledonne quand aucun décollage n'était accessible et qu'on voyait les rues de nuages sur Prapoutel.
Coté nuisance sonore, j'ai horreur de faire du bruit, j'adore améliorer ce qui peut l'être et, de plus, c'est un peu mon travail. J'ai donc diminué le niveau sonore : en concevant un très gros filtre à air et un silencieux d'échappement additionnel. Ça marche très bien. Je crois pouvoir dire que mon Mosquito est beaucoup plus silencieux qu'un Rotax 503.
J'ai volé à Laraqne et je vous jure que la montée en Mosquito est autrement plus intéressante que la montée en voiture!
Joël Letouzey
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©appulma & rc
appulma@gmail.com
Le ciel est à tout le monde